Entre carence et opulence: les contradictions structurelles dans Le Père Goriot
Introduction
Drôle d'effet, et quelle surprise pour le lecteur, que de découvrir les premiers mots du roman Le Père Goriot : "Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marceau.". Profitant de ces brève précisions, le récit nous donne à découvrir, grâce à la minutie des descriptions, le lieu du "drame" que sera la pension, non sans les divagations et commentaires de l'instance auctoriale selon la coutume balzacienne. Conséquemment à la description du lieu, au portrait des personnages et quelque anecdote concernant la tenancière de cette affaire, le lecteur zélé et impatient cherche encore et toujours l'histoire du pauvre Père Goriot, connu de tous pour être le grand sacrifié de sa propre existence, l'homme si dévoué au bonheur de ses filles. Tandis que les histoires se multiplient, le lecteur se confronte à tout le génie de l'oeuvre dans ce qu'elle a de plus paradoxal: les mots prolifèrent, Balzac développe les histoires et dessine progressivement en creux l'histoire du Père Goriot, personnage presque secondaire de son propre roman.
Lors de notre parcours de l'oeuvre, nous aspirons nous étudierons la construction narrative d'un roman reposant sur la diversité des personnages pour composer, en le détourant, le portrait d'un père qui s'efface pour l'oeuvre de sa vie.
I. Personnages et sous-intrigues: mais où est Goriot?
Le lecteur se confronte dès les cinquante premières pages au surnombre d'histoires ou de genres et aux détours narratifs qui n'ont de cesse que d'écraser l'histoire du pauvre Goriot. De fait, nous assistons à la prolifération progressive des histoires secondaires tout au long du roman, la narration s'emballe et se laisse porter vers les histoires de chaque personnage apparaissant dans les premières pages. Loin d'être un phénomène anecdotique, nous constatons dès l'ouverture du roman qu'il s'agit d'un principe structurant pour la narration. Alors que le narrateur dresse la liste des habitants de la pension, il multiplie par la même occasion les interrogatives ou affirmatives qui ouvrent le potentiel de tous les récits qui pourraient nous être faits. Avec une régularité spectaculaire, le narrateur établit les histoires hypothétiques pour chaque personnage; comment alors ne pas voir dans cette apparente confusion, le souci qu'a l'auteur de structurer un récit aux intrigues aussi variées que nombreuses?
Nous proposerons par conséquent une typologie des différents genres qui parcourent le roman au gré des intrigues secondaires.
Le roman d'apprentissage
Intrigues amoureuses
Le roman d'enquête
Le drame familial
La fourbe
II. Le théâtre parisien
Face à la prolixité des personnages et des intrigues parallèles, le roman se construit davantage sur un modèle intersubjectif. Il s'agirait donc d'envisager que la structure narrative du "drame" s'approcherait davantage du théâtre que du roman traditionnel.
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III. La carence ou le moteur romanesque
Finalement, plutôt que nous étonner de cette alternance entre carence et opulence, ne faudrait-il pas envisager le manque comme une nécessité narratologique? En d'autres termes, nous chercherons à comprendre comment la carence dans le roman de Balzac est la source même de la construction narrative.
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Conclusion
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